Chamborigaud, l’esprit de famille
Publié le 20/10/2026
En tête de sa poule de Départemental 3 après quatre journées, le club cévenol cultive surtout ce qui fait son identité depuis 1962 : la fidélité, la convivialité et le plaisir de jouer ensemble. Avec, en prime, une charnière centrale qui affiche un âge cumulé d’un siècle !
Quatre matches, deux victoires, deux nuls et une première place. Le début de saison est souriant pour Chamborigaud. Dans la poule A de Départemental 3, les Cévenols ont pris les commandes avec un petit point d’avance sur un trio composé de Pontil Pradel, Rodilhan et Calvisson. Ils ont déjà partagé les points avec les deux premiers et s’apprêtent à défier le troisième, le 1er novembre, à l’occasion du choc de la cinquième journée.
Une particularité accompagne ce bon départ : le terrain du club étant en cours d’aménagement, Chamborigaud dispute actuellement ses rencontres à domicile à l’Affenadou. De quoi offrir une lecture un peu singulière du classement : pour l’heure, les Cévenols sont invaincus à l’extérieur !
« Ça nous change de la saison dernière », sourit Sylvain Granier. Le président ne boude pas son plaisir. Il faut dire que l’exercice précédent avait été autrement plus délicat, avec une équipe qui avait dû batailler jusqu’au bout pour conserver sa place en D3. Cette fois, les premiers résultats donnent de l’air. Mais à Chamborigaud, on sait garder les pieds sur terre.
Une histoire de fidélité
À 49 ans, Sylvain Granier est bien plus qu’un président. C’est un enfant du club, qui y a signé sa première licence à l’âge de 9 ans. Autant dire qu’il connaît la maison dans ses moindres recoins. Depuis combien de temps en est-il à la tête ? Il ne saurait même plus le dire précisément. À Chamborigaud, les responsabilités s’inscrivent dans la durée, et les changements de présidence ne sont pas monnaie courante. « Le club a été créé en 1962. Je crois bien qu’il y a eu en tout et pour tout cinq ou six présidents, dont un n’est resté qu’une saison en poste », raconte-t-il.
Cette fidélité se retrouve sur le terrain. Président, Sylvain Granier est aussi joueur et occupe le poste de libéro, dans la plus pure tradition. À ses côtés, Frédéric Tognetti compose une charnière centrale qui ne craint pas les années qui passent.
« Il a 51 ans ; moi, bientôt 50. On forme une charnière centrale centenaire et je ne suis pas loin de penser qu’elle est la plus âgée de tout le district », glisse le président avec fierté et un petit sourire en coin.
À Chamborigaud, on joue sérieusement, mais sans jamais se prendre trop au sérieux. Le club compte près de 80 licenciés, avec notamment une équipe de U8-U9 et une autre de U12-U13. De quoi transmettre le goût du football aux plus jeunes, tout en entretenant un esprit maison auquel les anciens restent profondément attachés.
Le maintien d’abord, le plaisir toujours
Après avoir échappé de justesse à la relégation la saison dernière, Chamborigaud ne veut pas brûler les étapes. L’objectif est clair : assurer le maintien le plus tôt possible, puis voir venir. Le groupe est aujourd’hui plus étoffé, ce qui offre davantage de solutions et de possibilités au fil de la saison.
« On espère se maintenir le plus rapidement possible, annonce le président. On a en tout cas un groupe plus étoffé que celui de la saison dernière. Si on confirme et que ça veut sourire, on prendra ce qui se présentera. Mais pour la Départemental 2, il faut d’autres moyens. Ici, on est loin de tout, ignoré même parfois et pour tout dire, on est bien en D3. »
Le discours est à l’image du club : lucide, sans faux-semblants et sans ambition démesurée. La montée n’est pas un objectif affiché. Chamborigaud préfère savourer son bon début de championnat, consolider sa place et continuer à faire vivre son équipe avec les moyens dont elle dispose.
Des crampons aux liens du cœur
Car, au-delà des résultats, c’est bien l’esprit familial que Sylvain Granier tient à mettre en avant. Dans cette histoire, certains noms reviennent avec insistance, comme ceux des familles Polge et Boulenger, intimement liées à la vie du club.
Jean-Claude Boulenger, aujourd’hui l’un des deux entraîneurs de l’équipe avec Pierre Chauvin, incarne cette continuité. Son père est à l’origine du club, aux côtés de Guy Polge. Lui-même en est devenu une figure incontournable, respectée de tous.
« Vice-président, Jean-Claude est une figure emblématique du club. Tout le monde l’écoute et le respecte. Quand j’étais gamin, Jean-Claude faisait les lacets de mes crampons dans les vestiaires », raconte Sylvain Granier avec une affection qui en dit long.
Dans cette anecdote, tout Chamborigaud semble résumé : les générations qui se succèdent, les anciens qui accompagnent les plus jeunes, les souvenirs qui se transmettent et les liens qui résistent au temps. Ici, le football ne se limite pas aux quatre-vingt-dix minutes du dimanche. Il se prolonge dans les vestiaires, autour du terrain et dans une histoire commune que chacun contribue à écrire.
Personne ne reste sur le banc
Cette philosophie se traduit aussi dans la gestion du groupe. À Chamborigaud, le résultat compte, bien sûr, mais il ne saurait passer avant le plaisir de jouer. Le président-joueur en a fait une règle à laquelle il tient fermement. « À chaque match, on met un point d’honneur à donner du temps de jeu à tous les joueurs qui sont sur la feuille de match. Hors de question de laisser quelqu’un sur le banc, même si ça nous coûte des points », affirme-t-il.
Une manière de voir le football qui ne garantit pas toujours les victoires, mais qui entretient l’essentiel : l’envie de revenir, de partager et de défendre ensemble les couleurs du club. Et si Chamborigaud occupe aujourd’hui la première place de sa poule, c’est peut-être aussi parce que ce collectif repose sur des fondations solides.
Dans les Cévennes, le classement fait plaisir. Mais à Chamborigaud, la plus belle victoire reste sans doute de continuer à jouer ensemble, année après année.